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QUAND LES CHAMPIGNONS ATTAQUENT LES POUMONS (1)
La parasitologie des équidés connaît un véritable essor depuis quelques années, entraînant chez les propriétaires de chevaux un besoin de conseils et de résultats. Aujourd’hui nous nous penchons sur les pathogénies pulmonaires causées par le règne des champignons communément appelés « moisissures ».
Des poumons constamment exposés
Les champignons ont la capacité d'être présent à peu près partout dans la nature, ils font partie du quotidien à la fois pour les chevaux et pour les cavaliers qui les entourent, ce qui expose inévitablement l’appareil respiratoire à une inhalation constante. Dans la plupart des échantillons d’air, plus de 90 % des particules visibles au microscope sont des spores fongiques ou des bactéries omniprésentes dans les écosystèmes aquatiques et terrestres.
Les chevaux ont un système respiratoire adapté aux grands espaces aérés et une physiologie respiratoire étudiée pour la performance de fuite face aux prédateurs. Si le poumon du cheval présente de fortes similitudes anatomiques et fonctionnelles avec celui de l’humain, les maladies respiratoires humaines sont surtout influencées par le tabagisme et la pollution urbaine, tandis que celles du cheval sont principalement liées à l’environnement d’écurie. Celles-ci présentent un aérosol souvent saturé, lié à une mauvaise ventilation, elles sont en permanence un environnement riche en poussières organiques, spores fongiques, moisissures, endotoxines et micro-organismes présents dans le foin, la paille, les céréales et l’air. Cette exposition quotidienne fait des voies respiratoires équines un terrain particulièrement sensible aux affections inflammatoires, allergiques et infectieuses.
I/ LE POUMON DU CHEVAL : UN ÉCOSYSTÈME COMPLEXE
Le microbiote pulmonaire : un équilibre vivant
Longtemps considéré comme stérile, le poumon possède en réalité son propre microbiote composé de bactéries, champignons, virus et autres micro-organismes vivant en équilibre avec l’organisme. Dès la fin du XIXème siècle, les données montraient une « flore pulmonaire » disponibles chez l’homme ou les mammifères ; elle se constitue très tôt après la naissance par la colonisation des voies respiratoires. La mise en place du microbiote pulmonaire est très rapide comparée à celle du microbiote intestinal, quelques mois suffisent. L’âge gestationnel, le mode de mise à bas et les deux premiers mois de vie semblent cruciaux dans la constitution du microbiote pulmonaire du cheval adulte.
La diversité anatomique de l’organe du poumon chez le cheval (trachée, bronches, bronchioles, sacs alvéolaires, etc.) ainsi que la surface du tractus respiratoire (60 à 80 m2) créent une véritable biogéographie complexe où les sources microbiennes alimentant cette niche sont multiples : le réservoir bucco-dentaire en premier lieu, le réservoir digestif et l’air inhalé ensuite.
Le microbiote pulmonaire est la résultante d’une balance entre immigration des micro-organismes (par inhalation, micro-aspiration, dispersion à partir de la muqueuse oropharyngée) et élimination (par l’ascenseur muco-ciliaire et la toux, le tri d’origine immunitaire ou du fait des facteurs abiotiques locaux ou de la compétition entre micro-organismes).
Le résultat est une faible densité bactérienne (mais une forte biodiversité, bien supérieure à celle du microbiote intestinal - qui pourrait expliquer la capacité de résilience importante des poumons) et une grande abondance en bactéries anaérobies strictes dont les Bacteroidetes (genres Prevotella, Veillonella, Fusobacterium ou Porphyromonas), les Firmicutes, puis des Proteobacteria et des Actinobacteria qui constituent près de 50% de la diversité bactérienne totale ce qui forme véritablement un anaérobiome. En plus des bactéries, on y retrouve les deux autres domaines du vivant, à savoir des microchampignons, des virus eucaryotes et des bactériophages (Pseudomonas, Staphylococcus ou Streptococcus et Picornaviridae, Paramyxoviridae, Adenoviridae, Herpesviridae, Anelloviridae, Polyomaviridae, Influenzavirus, Coronavirus, Bocavirus et Papillomavirus) et la présence d’archées (Euryarcheota, Thaumarchaeota Diapherotrites, Woesarchaeota et Aenigmarchaeota).
Chez le sujet sain, le mycobiote pulmonaire est essentiellement composé des genres Aspergillus, Cladosporium ou Saccharomyces. L’un des principaux réservoirs est l’air ambiant qui contient un grand nombre de spores de ces champignons capables de s’adapter à des milieux variés. Le mycobiome (moisissures et les levures qui vivent en symbiose avec l’hôte) semble être particulièrement influencé par le régime alimentaire, l’environnement et le statut immunitaire du sujet.
Tout ce microbiote est primordial pour l’homéostasie pulmonaire en assurant quatre grandes catégories de fonction : un rôle dans l’architecture pulmonaire, un rôle barrière fonctionnant sur le principe d’exclusion compétitive, un rôle dans l’immunité innée et adaptative complémentaire du précédent dans l’infection pulmonaire, enfin un rôle dans l’éducation du système immunitaire.
Ainsi le microbiote pulmonaire joue un rôle essentiel dans l’arrivée des polynucléaires neutrophiles au niveau local, leur capacité à détruire les bactéries, ainsi que dans le développement du système immunitaire. De son côté, le microbiote respiratoire (en particulier le microbiote nasopharyngé) intervient dans les infections virales comme les pneumopathies.
Sans eux deux, l’éducation du système immunitaire du poumon est moins performante et l’organisme a plus de risque de développer un asthme allergique. L’émergence de lymphocytes T régulateurs de la défense immunitaire et de sa tolérance aux allergènes minimise le risque ultérieur d’allergie car elle est corrélée à l’apparition de bactéries anaérobies strictes.
Les maladies chroniques à composante inflammatoire et infectieuse comme la mucoviscidose, la bronchopneumopathie chronique obstructive, l’asthme - mais également certaines maladies auto-immunes présentant une atteinte pulmonaire - ont en commun une dysbiose pulmonaire. Ce déséquilibre se traduit le plus souvent par une augmentation de l’abondance des Proteobacteria au détriment des Bacteroidetes qui sont important pour l’homéostasie pulmonaire.
Le microbiote intestinal et le microbiote pulmonaire sont très liés.
Ce lien est souligné par la relation partenaire Yin-Yang du Gros Intestin et du Poumon en médecine chinoise. Les symptômes respiratoires sont fréquents dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et l’effet protecteur du microbiote digestif est reconnu dans les infections respiratoires.
Ces échanges entre les deux compartiments microbiens se feraient par voie directe ou indirecte. Soit le microbiote intestinal influencerait l’écosystème pulmonaire par ensemencement direct de bactéries d’origine intestinale au niveau pulmonaire, soit ce serait par la production de métabolites et/ou de molécules immunomodulatrices qui permettrait au microbiote intestinal d’avoir une action à distance de remplacement et de régulation des cellules sanguines (hématopoïèse) sur l’écosystème pulmonaire.
Ainsi toute dysbiose intestinale pourrait avoir des conséquences sur l’homéostasie pulmonaire. De ce fait, le maintien sain du microbiote digestif via la nutrition et les pré/probiotiques constitue un levier important sur la santé.
Les mécanismes de défense respiratoire chez le cheval
Pour comprendre la physiopathologie des maladies non infectieuses comme l’asthme équin il faut comprendre les systèmes de protection du tractus respiratoire équin.
Chaque jour, un cheval adulte inhale environ 100 000 litres d’air. Son appareil respiratoire doit filtrer une quantité considérable de particules, de poussières et de micro-organismes, c’est à dire différents agents, à la fois inertes et infectieux, susceptibles de pénétrer dans le poumon.
Les conditions d’environnement du cheval l’exposent plus ou moins sévèrement : en pâturant à l’extérieur, il respire un air contenant peu de particules nocives alors qu’en box ou lors d’un transport, il est plus exposé à l’inhalation de poussière organique contenant des particules d’origine végétale (allergènes : pollens, spores) et animale (agents infectieux : bactéries, virus), ainsi que des gaz toxiques.
Différents mécanismes protègent ses voies respiratoires. La taille des particules et l’état du système respiratoire conditionnent la capacité des aérosols à pénétrer en profondeur dans le tractus respiratoire et à accéder au poumon, de même qu’elle détermine la nature des mécanismes de défense.
Le dilemme pour les défenses immunitaires du cheval est de protéger le tractus respiratoire tout en permettant la diffusion des gaz respiratoires entre l’air et le sang (au travers de barrières de 2 cellules d’épaisseur) et de savoir maintenir une certaine tolérance vis-à-vis de nombreuses particules inhalées antigéniques certes, mais ne constituant pas une menace directe pour le poumon.
Ces mécanismes de défense respiratoires sont innés en partie et spécifiques à l’éducation immunitaire acquise au cours de la vie du cheval pour le reste.
1. Les défenses innées
Elles agissent immédiatement pour éliminer les agents agresseurs de manière mécanique ou cellulaire, grâce à :
- L'escalateur muco-ciliaire : qui est le système primaire de nettoyage. Les particules inhalées sont filtrées par les cavités nasales via leurs sinus et volutes. Au fur et à mesure que le flux d’air de l’inspire diminue, les grosses particules se déposent sur les parois tandis que les plus petites particules atteignent les alvéoles où elles sont piégées dans la couche visqueuse du mucus recouvrant les voies respiratoires. Puis elles sont transportées le long des voies aériennes vers l’extérieur par les cellules ciliées. Du fait d’une moindre densité de ces dernières, le transport du mucus est plus lent dans les bronchioles que dans les voies respiratoires larges. La clairance muco-ciliaire est sous contrôle nerveux autonome. Le point critique de ce système est que son efficacité diminue si la tête du cheval est maintenue en hauteur, car la gravité aide à la clairance et l’accélération du système muco-ciliaire.
- La toux : qui est un réflexe déclenché par des stimuli mécaniques (mucus, corps étrangers) ou inflammatoires. Bien qu'efficace pour la trachée et les grosses bronches, elle l'est moins pour les voies profondes. Chez le cheval "poussif", ce réflexe devient hypersensible et auto-aggravant.
- Les macrophages alvéolaires : qui constituent la première ligne de défense cellulaire dans les poumons. Ils phagocytent les particules et orchestrent la réponse immunitaire. Leur fonction est altérée par le stress (corticostéroïdes), la diminution en oxygène ou les virus. Cependant, leur activation libère des enzymes hydrolysant les protéines et des radicaux libres oxygénés qui peuvent endommager le tissu pulmonaire, contribuant ainsi à l’inflammation pulmonaire et, à ce titre, jouer un rôle dans la physiopathologie de l’asthme équin.
- la réponse inflammatoire : qui est pilotée par des médiateurs chimiques, les cytokines et les chémokines. Libérées par les macrophages et les cellules épithéliales, elles attirent les cellules inflammatoires (neutrophiles) sur le site de l'agression et assurent la communication entre les différentes cellules du processus. Elles sont également impliquées dans le remodelage tissulaire cicatriciel du poumon. Toutes ces cellules jouent un rôle dans la cascade de l’inflammation pulmonaire. Le risque est un recrutement excessif de neutrophiles libérant des enzymes toxiques qui endommageraient le tissu pulmonaire lui-même.
2. Les défenses immunitaires acquises
Elles impliquent le système immunitaire et une reconnaissance ciblée des agents pathogènes comme les bactéries avec la création d’une mémoire immunitaire permettant une protection prolongée contre des agressions futures par ces mêmes organismes grâce aux lymphocytes. Ces défenses spécifiques mettent plusieurs jours à devenir actives :
- L’immunité mucosale : les muqueuses constituent une vaste surface d’échange et d’absorption, ce qui les rend vulnérables. Le système immunitaire mucosal doit être capable de distinguer les antigènes pathogènes des autres antigènes (nourriture, environnement, …). Il assure la protection des muqueuses grâce au tissu lymphoïde associé à la muqueuse bronchique qui produit principalement une immunoglobine, l’IgA sécrétoire, une protection essentielle contre les agents infectieux (viraux notamment).
- Le rôle des Lymphocytes T-helpers : ils modulent et régulent la réponse immunitaire via la sécrétion de cytokines. Certaines hypothèses suggèrent que l’asthme équin sévère a une origine immuno-pathologique liée à un dérèglement de ces mécanismes.
Bien que le système respiratoire du cheval, grâce aux échanges gazeux maximaux qu’il permet, soit extrêmement performant pour l'effort athlétique et qu’il rende les chevaux capables de performances extrêmes, il est vulnérable aux stress de la vie en écurie. Le dépassement de ses mécanismes de défense conduit à un rétrécissement des voies aériennes (bronchoconstriction) afin de prévenir l’entrée de nouveaux agents pathogènes et à une réponse inflammatoire perturbant gravement la fonction respiratoire et les performances de l'animal.
3. Vision de la médecine traditionnelle chinoise (MTC)
La médecine traditionnelle chinoise considère que la défense respiratoire repose sur deux formes d’énergie : l’énergie nourricière (Iong) et l’énergie défensive (Wei). Elles proviennent de la combinaison de l’énergie ancestrale avec l’énergie extraite de l’air par les Poumons et celle issue des aliments transformés par la Rate. Le Triple Réchauffeur assure la transformation et la distribution de ces essences dans tout le corps afin de nourrir les organes, les tissus et les méridiens, mais aussi de protéger l’organisme contre les agressions extérieures.
L’énergie défensive Wei circule à la surface du corps, hors des méridiens. Elle protège la peau, régule la transpiration, la température corporelle et participe aux défenses immunitaires. Sa formation résulte d’un processus de purification impliquant successivement l’Intestin grêle, le Gros Intestin, les Reins, la Vessie et le Foie. Au terme de ce processus, le Foie libère une énergie légère et mobile : le Wei Qi, qui circule jour et nuit dans tout l’organisme pour lutter contre les agressions externes et internes.
Les Poumons gouvernent la respiration et contrôlent la diffusion des souffles et des liquides. Reliés à la peau et aux poils, ils sont directement exposés aux facteurs pathogènes externes. Lorsqu’une énergie perverse pénètre par le nez, la bouche ou la peau, l’énergie défensive Wei Qi est perturbée : les Poumons ne diffusent plus correctement les souffles ni les liquides, ce qui entraîne accumulation de glaires, obstruction énergétique et apparition de la toux.
En MTC, les toux sont classées en deux catégories :
- Toux d’atteinte externe : causées par des facteurs climatiques ou infectieux externes. Elles débutent brutalement, restent superficielles et guérissent généralement facilement. Mal soignées, elles peuvent toutefois évoluer vers une atteinte plus profonde.
- Toux d’atteinte interne : liées à un déséquilibre des organes, principalement des Poumons, de la Rate, du Foie et des Reins. Elles apparaissent progressivement, deviennent souvent chroniques et récidivantes.
Trois grands mécanismes internes expliquent la toux :
- Déficience de la Rate
La Rate ne transforme plus correctement les aliments et liquides, ce qui favorise la formation de glaires. Ces glaires montent vers les Poumons, perturbent la circulation du Qi et déclenchent la toux.
- Feu du Foie attaquant les Poumons
Une suractivité du Foie génère de la chaleur qui envahit les Poumons, épaissit les sécrétions, assèche la gorge et bloque la descente normale du souffle.
- Faiblesse des Poumons et des Reins
Des Poumons affaiblis ne diffusent plus correctement les souffles ni les liquides. Si les Reins ne retiennent plus le Qi, celui-ci remonte à contre-courant, provoquant toux, irritation et essoufflement.
Les toux peuvent être sèches ou grasses, aiguës ou chroniques. Les formes aiguës et sèches touchent surtout les voies respiratoires supérieures, tandis que les toux grasses et chroniques traduisent une atteinte plus profonde des bronches et des Poumons. Le traitement vise d’abord à rétablir l’équilibre des organes :
- Tonifier la Rate pour limiter la production de glaires ;
- Nourrir les Poumons ;
- Renforcer les Reins ;
- Calmer le Feu du Foie.
Il faut également favoriser la circulation du Qi des Poumons, fluidifier les glaires et restaurer la bonne diffusion des souffles. L’hygiène de vie est essentielle : assurer une protection contre le froid et l’humidité, avoir une alimentation équilibrée, maintenir une activité physique adaptée et limiter les excès afin de renforcer durablement les capacités de défense de l’organisme.
II. QUAND LES CHAMPIGNONS S'EN MÊLENT
Les Champignons constituent l’une des six familles régnantes du vivant. Ce sont des organismes dont les cellules possèdent un noyau (eucaryotes) qui se nourrissent de matière organique préexistante par absorption de substances minérales dissoutes et se reproduisent par spores.
Trois modes de vie sont observables chez eux : soit ils vivent aux dépens de la matière organique en décomposition (saprophytisme), soit aux dépens d’autres êtres vivants (parasitisme), soit aux dépens d’un être vivant qui tire lui aussi un bénéfice de cette relation (symbiose).
Les champignons dits dermatophytes sont responsables de maladies cutanées, d’autres provoquent des infections oculaires, enfin certains d’entre eux sont des agents pathogènes de l’appareil respiratoire. Passons cela en revue.
Les dermatophytes et leurs teignes
De nombreux champignons sont présents sur la robe du cheval, d’abord les Dématiacées, des champignons pathogènes pour les végétaux qui peuvent devenir opportunistes sur le cheval s’ils trouvent une porte d’entrée comme une plaie ou un terrain favorisant. Cependant l’infection reste localisée.
D’autres comme les dermatophytes ont une affinité pour la kératine d’où leur attirance pour la peau, les poils, les crins et la corne ce qui en fait des champignons très présents en pathologie vétérinaire. Ils attaquent la kératine déposée par les animaux (poils, crins, corne…) sur le sol. Plusieurs espèces de dermatophytes provoquent la teigne, l’une des pathologies dermiques les plus courantes et contagieuse chez le cheval, avec des signes cliniques variables. Les dermatophytes pathogènes les plus souvent trouvés chez le cheval sont :
- Trichophyton equinum, le plus souvent rencontré, qui provoque une teigne sèche avec des squames fines, des lésions nombreuses, circulaires et alopéciantes ;
- Trichophyton mentagrophytes qui provoque une teigne humide constituée de lésions croûteuses de tailles variables, irrégulières. Elles sont inflammatoires et suppurées.
- Microsporum equinum qui provoque également une teigne sèche tondante où le poil est coupé à sa sortie du follicule. Les lésions sont peu nombreuses et il n’y a pas de prurit.
- Microsporum gypseum qui provoque des lésions circulaires extensives où le poil donne l’impression d’être feutré. Sous la croûte on observe un ulcère à fond rouge. Ce champignon vit naturellement dans la terre et les matières organiques.
- Trichophyton verrucosum qui provoque une teigne très croûteuse dont les squames sont épaisses et adhérentes. Les lésions sont proches de celles provoquées par Trichophyton mentagrophytes mais en plus inflammatoires. Cette espèce est rarement rencontrée.
L’hiver, l’immunité incomplète des jeunes chevaux, un mauvais état général, une antibiothérapie ou une corticothérapie sont des facteurs favorisants la colonisation de la peau des équidés. La transmission se fait de manière directe entre animaux et de manière indirecte par le matériel, les locaux ou le sol contaminé. Le traitement nécessite la désinfection complète de l’environnement (écuries, matériel, harnachement, vêtements) en plus du cheval lui-même.
La kératomycose
Cette infection fongique grave de la cornée se produit après un traumatisme ou un traitement local d’antibiotique/corticoïde. Cette mycose oculaire est une urgence vétérinaire car la vision peut être compromise. Les signes sont une rougeur et une douleur de l’œil, une sensibilité excessive des yeux à la lumière, des écoulements, des ulcères cornéens.
Les pneumonies fongiques
Certaines espèces fongiques sont des pathogènes primaires du tissu pulmonaire, d’autres comme les Aspergillus, responsables de rhinites ou de sinusites équines ou les mucorales, sont des pathogènes opportunistes qui touchent surtout les chevaux immunodéprimés ou affaiblis.
Chez le poulain, des champignons comme Pneumocystis, Candida, Mucorales ou Cryptococcus peuvent provoquer des pneumonies. Chez l’adulte, les principaux agents sont surtout Aspergillus fumigatus, mais aussi Mucorales, Histoplasma, Blastomyces ou Coccidioides. Ils sont responsables de diverses mycoses respiratoires chez les équidés :
a) La pneumocystose,
b) Les aspergilloses,
c) La rhinosporidiose,
d) La conidiobolomycose.
Les signes cliniques globaux des mycoses respiratoires chez le cheval sont le jetage nasal, la dyspnée, la toux, des bruits respiratoires anormaux, la fièvre, l’amaigrissement, l’abattement et parfois une toux ramenant du sang en provenance des voies respiratoires.
Les facteurs favorisants sont l’exposition à des spores dans le foin ou la paille moisis, les locaux humides, les traitements antibiotiques prolongés, les maladies ou les traitements immunosuppresseurs.
a) La pneumocystose
Elle est causée par un champignon du genre Pneumocystis jirovecii. Plutôt rare chez le cheval, elle est surtout observée chez les poulains ou les animaux immunodéprimés. Ce champignon agit principalement dans les alvéoles pulmonaires. Son infection provoque une pneumonie chronique pouvant évoluer vers une détresse respiratoire. Les signes cliniques à surveiller : dyspnée, tachypnée, amaigrissement, faiblesse, anorexie.
b) Les principales aspergilloses équines
Les aspergilloses sont un ensemble d'infections rares dues à des champignons du genre Aspergillus - on n’en dénombre pas moins de 300 espèces - dont la pathogénicité dépend énormément de facteurs favorisants. Les Aspergillus, surtout Aspergillus fumigatus, mais aussi Aspergillus flavus et Aspergillus niger sont les moisissures les plus fréquemment rencontrées dans l’environnement des écuries (foin, paille, poussières, céréales, ventilation). Dans les régions tempérées, c’est Aspergillus fumigatus qui prédomine notamment à la fin de l’été, en automne et en hiver.
Extrêmement répandu dans la nature, l’aspergillus ressemble à une fleur avec des étamines emplies de spores au lieu de pollen, lui permettant de coloniser et se reproduire. Il vit en saprophyte dans le sol mais à la faveur d’un courant d’air, les spores sont disséminées sur les murs, dans les climatisations, les habitations, les vêtements… Leurs substrats sont extrêmement divers. L’abondance des spores en suspension dans l’air rend leur inhalation abondante et quotidienne. La principale voie de pénétration dans l’organisme est donc respiratoire. Leurs spores, très petites, sont facilement inhalées jusqu’aux bronches et aux alvéoles pulmonaires. Elles ont la faculté de se développer à 37°C et de se multiplier très vite mais sont rarement pathogènes sur des individus sains. Opportunistes, toute baisse d’immunité favorise leur développement jusqu’au stade d’une maladie. Ils deviennent pathogènes lorsque les défenses immunitaires diminuent ou lors d’une inhalation massive de spores.
Les aspergillus possèdent :
- un pouvoir infectieux : invasion des tissus avec lésions et hémorragies ;
- un pouvoir allergisant : déclenchement d’hypersensibilités respiratoires et d’asthme.
Aspergillose des poches gutturales
Maladie rare mais souvent grave et rapidement évolutive. Le champignon colonise les poches gutturales et peut éroder l’artère carotide ou les nerfs voisins.
Les signes possibles sont un saignement nasal souvent sévère, la déglutition difficile ou douloureuse (dysphagie), le jetage nasal, des troubles neurologiques et des bruits respiratoires anormaux. Le traitement principal est chirurgical (oblitération des artères atteintes).
Pneumonie aspergillaire
Rare et de mauvais pronostic. Elle survient surtout chez des chevaux très affaiblis, sous antibiotiques ou immunodéprimés. Elle est principalement causée par l’inhalation de spores d’Aspergillus fumigatus présentes dans le foin, la paille ou les poussières. Elle peut provoquer des lésions pulmonaires invasives, des hémorragies et parfois une toux ramenant du sang en provenance des voies respiratoires (hémoptysie).
Les symptômes sont peu spécifiques : fièvre, dyspnée, jetage, amaigrissement, abattement.
c) La rhinosporidiose
Cette maladie granulomateuse des muqueuses nasales est causée par Rhinosporidium seeberi, un microorganisme longtemps considéré comme un champignon, classé aujourd’hui parmi des organismes aquatiques unicellulaire.
Souvent chronique, la rhinosporidiose touche surtout les muqueuses et les cavités nasales, le nasopharynx, parfois les yeux ou les voies respiratoires supérieures. Elle provoque principalement des masses ou polypes rouges et friables dans les naseaux, des saignements de nez (épistaxis), un jetage, une gêne respiratoire si les lésions grossissent.
La contamination est associée à l’eau stagnante, aux milieux humides, à l’entrée du microorganisme par les muqueuses lésées.
d) La conidiobolomycose
C’est une mycose chronique des voies respiratoires supérieures, surtout nasales, rare, causée par des champignons du genre Conidiobolus. Ce champignon vit dans le sol, les végétaux en décomposition, les milieux chauds et humides. La contamination se fait principalement par inhalation de spores ou par contact avec la muqueuse nasale. Elle se localise surtout dans les cavités nasales, les tissus du nez et du nasopharynx, parfois les sinus. Elle reste plutôt une maladie des voies respiratoires supérieures.
Les signes cliniques sont : le jetage nasal chronique, l’obstruction nasale, le gonflement du chanfrein ou des tissus faciaux, des masses granulomateuses dans les naseaux, des difficultés respiratoires et parfois des saignements. Les lésions sont souvent épaisses, inflammatoires et granulomateuses.
Nous avons fait un tour des maladies mycosiques des voies respiratoires. Dans le prochain article, nous regardons de près une pathologie qui n’est pas infectieuse mais des infections respiratoires antérieures pourraient la favoriser ou une exposition chronique à l’inhalation de poussière chargée de micro-organismes, notamment les spores d’Aspergillus, pourrait la déclencher : l’asthme équin.
Nous y présentons aussi les solutions naturelles pour prévenir les infections mycosiques et comment gérer les chevaux souffrant d'asthme.
Sources :
Le microbiote pulmonaire, un enjeu récent en microbiologie médicale – Société Française de Microbiologie. Olivia Vong ; 10 juin 2020
Aspects cliniques des pneumonies parasitaires et fongiques chez les équidés - Desjardins-Lavisse Isabelle, Guillot Jacques. In : Bulletin de l'Académie Vétérinaire de France tome 159 n°1, 2006. pp. 67-76 ; doi : 10.4267/2042/47814.
Physiopathologie de l’obstruction récurrente des voies respiratoires chez le cheval : étude bibliographique et actualités -DENYS, Marie - Université Paul-Sabatier de Toulouse, Décembre 2011 - Thèse d’exercice, Médecine Vétérinaire, ENVT, 2011, 129p.
L’emphysème du cheval, comme modèle expérimental de l’emphysème humain - Morre Jean, par Mme Paule Doyard. In : Bulletin de l'Académie Vétérinaire de France tome 131 n°1, 1978. pp. 49-52.
Traitement de la toux en médecine chinoise - J.-C. DUBOIS (Canton). Cours d'acupuncture (année 1980-81) et cours de médecine interne (1981-82) de l'Institut de médecine chinoise de Canton.
Étude de la flore fongique cutanée colonisant le cheval - Charlotte Catry. Sciences pharmaceutiques. 2015 ; ⟨dumas-01330906⟩.
Approche comparée de l’asthme équin et félin, similitudes et différences avec l’asthme humain - Anna Saigot. Médecine vétérinaire et santé animale. 2020 ; (dumas-04826248).
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J'ai un appaloosa qui m'a fait un ulcère arrière de l'oeil. Testais lyme et Pyro. Lire + Répondre