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L’équilibre dans la performance (fin). Entretien avec Florence Elie.

L’équilibre dans la performance (fin). Entretien avec Florence Elie.

Voici la dernière partie de notre échange avec Florence Elie sur la question de « faire évoluer le lien du cavalier compétiteur à son cheval afin de renforcer leur relation dans l'écoute respectueuse ». Nous sommes très heureux de partager avec vous cette réflexion sur la relation du cavalier à son cheval :

PARTIE 3 - TRANSCENDER SA FRUSTRATION EN CAS DE CONFLIT AVEC SON CHEVAL

E&P : tout couple cavalier/cheval connaît des moments de conflit qu’il doit dépasser s’il veut progresser. Le cavalier entre en conflit lors d’un exercice dans le travail ou lors de l’éducation de son cheval. Ce conflit se cristallise parce qu’il se répète au fil des séances, s'installe, dure et ne se résout pas malgré les bonnes intentions du cavalier qui essaye différentes choses, bonnes ou mauvaises. Arrive alors le sentiment d'une impasse. Comment abordez-vous le conflit et que conseillez-vous aux cavaliers dans cette situation ?

Florence E. : je ne connais pas de cavalier ou de propriétaire de chevaux qui, à un moment ou un autre, ne soit pas tombé sur cet écueil dans son existence. Là où il y a conflit extérieur, c'est qu'il y a un conflit à l'intérieur de la personne. Je te donne un exemple parlant. Un cavalier en conflit extrême avec son cheval m’appelle. Il en est rendu au point de dire : « si cela ne marche pas, je le vends. ». La première chose que je lui ai proposé, c'était de laisser son cheval au pré. Nous allions faire quelques séances en présence de son cheval sans strictement rien lui demander et sans se préoccuper de lui mais que tout ce que nous ferions se passerai dans son pré.

Nous avons beaucoup travaillé sur la rigidité corporelle de ce monsieur et cette rigidité existait dans ses pensées et donc dans ses demandes aussi. Or il avait face à lui un Pur-sang, un cheval d’une finesse extrême, plein de subtilité et d’une grande sensibilité. Nous sommes là en présence de deux opposés, il peut y avoir naissance d'un conflit puisque chacun ne fonctionne ni ne communique de la même manière. La première étape de notre cheminement consiste donc à ramener la conscience du cavalier sur lui-même. Ce que j’appelle la conscience corporelle : comment je suis et ressens mon corps ?

Il s’aperçut qu’il était raide dans son corps, rigide de l’esprit. Je lui demandais des mouvements qui demandaient de la souplesse, qui demandait de la douceur et d'être délié. Il comprenait ma demande mais n’arrivait pas à l’exécuter. Nous avons donc décomposé les mouvements et travaillé beaucoup pour amener de la souplesse dans son corps. Puis nous avons travaillé sur l’écoute du ressenti. Il était assez dissocié de son corps au départ. Là où moi je percevais les ressentis de mon corps physique, il ne se passait rien pour lui, uniquement un vide. « Ressens-tu le vent sur ta main ? Ah, si. Donc ton vide n’est pas total, ceci est une sensation physique. Tu me dis que tu es dur à la douleur ? Ok, testons cela. ».

Je l’ai donc touché doucement en augmentant graduellement la pression jusqu’au pincement. Cela a duré longtemps. Il a fallu que j'aille loin et fort pour qu'effectivement il dise « là ça fait mal ! ».

« As-tu senti quelque chose avant d’avoir mal ? Oui. Pourquoi ne m’as-tu pas arrêté avant ? ».

Cet exercice lui permis de prendre conscience de son mode de fonctionnement on/off dénué des limites graduelles qui existent entre les deux. À partir de là nous avons travaillé à pied ce qui est extrêmement important à mes yeux : comment aborder son cheval et entrer en contact avec lui respectueusement, c'est à dire en respectant ses limites et comment je laisse le cheval venir à moi de manière que lui aussi respecte mes limites.

Ceci pose la question « quelles sont mes limites ? » et comment je les pose et les communique sainement à mon cheval et vice versa. En fait, tout ce travail super intéressant à pied a permis de décristalliser cette perte de confiance qui s’était installée entre les deux puisque tout passait à chaque fois par le conflit.

Quand nous sommes dans le conflit, nous sommes soit dans la domination, soit dans la soumission. Il n’existe rien d'autre au milieu. Or s'il y a bien un apprentissage que les chevaux nous enseignent, c'est la multiplicité d'étapes dans l’échelle du leadership. Face à eux, nous ne pouvons pas être uniquement sur un mode de communication, de relation ou de management entre humains soit qui domine, soit qui est soumis. Chez les chevaux, il y a plein de modes différents au milieu, celui du leader, celui du visionnaire, celui du compagnon, ... Tout ceci est à expérimenter et à étudier avec son cheval. À mon sens, quand il y a un tel conflit, il y a juste un vrai manque de connaissance de tout ce système du leadership et de toutes ces étapes qu’il va falloir expérimenter auprès du cheval, et surtout ressentir dans le corps.

Ces étapes permettent réellement la possibilité d'entrer en communication là où il y a conflit. Quand il y a conflit il n’y a plus de communication car deux entités sont dans une vision et chacun cherche à imposer sa vision à l’autre ce qui chasse l’empathie qui permet de se mettre à la place de l’autre, d’ajuster sa demande et d’observer ce qui se passe pour se réajuster émotionnellement.

S’il y a frustration, elle nourrit l’énergie du conflit. Ma frustration monte parce que je ne m'occupe toujours pas d’elle à ce moment-là. Il y a donc nécessité d’apprendre le langage des émotions.

La frustration exprime un blocage. Quel est le blocage ? Par exemple, je fais une demande de départ au galop à main gauche et il part toujours à faux. La frustration est un message important qui signifie, c’est-à-dire informe sur la nécessité de se pencher sur le problème, d’acquérir une autre vision, de faire autrement ou de demander de l’aide.

Voici l’intérêt d’apprendre quels sont les messages derrière nos émotions et les informations que cela nous donne. Je commence à entrer en conflit avec mon cheval parce que je me dis : « il sait le faire mais là il ne veut pas le faire, il fait cela pour m’emmerder. ». Non, certainement pas ! C’est à moi de travailler sur l’émotion que je ressens. Je suis agacée, frustrée, je n’y arrive pas. D’accord, descendons de cheval, écoutons plus loin : où est ce que je ressens la frustration dans mon corps ?

J’ai les poings serrés, les mâchoires serrées. Je réfléchis alors comment je peux faire ma demande autrement à mon cheval puisqu’il ne me comprend pas. C’est à moi de faire cette démarche. Si je désire un résultat différent, je dois faire différemment.

Je suis donc là pour aider et guider la personne à conscientiser sa relation avec son cheval. Je laisse la personne vivre ses émotions, afin qu’elle trouve par elle-même sa propre ressource et ça fonctionne.

La problématique est souvent émotionnelle, c'est à dire que cette énergie de la frustration est emprisonnée dans le corps et cristallisée, le cheval la ressent et ne fait que vibrer en résonance avec. Il reçoit en projection toute l'énergie de la frustration. Ceci ne fait que nourrir et grandir le conflit encore et toujours. Parce que quand tu poses une action à partir de l'énergie de l'émotion pure que tu ressens, cela se libère, tu te sers à proprement parler de l’énergie de l’émotion pour agir différemment ou prendre conscience et agir plus tard parfois.

E&P : quand on est dans ce paroxysme de la frustration chez le cavalier, donc au pic de l'énervement et que le cheval est peut-être au sommet de l'incompréhension, ou qu’il se met dans une attitude de protection en refusant de coopérer, est-ce que cette énergie peut être libérée par la parole ? Par le fait de parler à son cheval, de lui exposer ses griefs : « tu m'énerves trop, j'en peux plus. Je ne te comprends pas, tu ne me comprends pas, ça ne va pas. Je voudrais faire autrement, je n’y arrive pas. Tu ne cherches pas à me comprendre, tu ne m'aides pas. ».

Est-ce que c'est libérateur pour les deux ? Est-ce que ça permet de sortir de l'impasse et mène à un résultat ? Parce ce que souvent ce qui se passe, c'est que le cavalier ne va pas parler à son cheval, il va juste le ramener à son box ou alors le lâcher dans un pré ou encore laisser à d'autres le soin de gérer le cheval, quitter la piste et partir. Ceci est profondément négatif pour les deux parties bien sûr. Alors le fait de rester et de vider son sac, de s’exprimer verbalement à son cheval, est-ce une action positive contre l’énergie de la frustration, libératrice, qui peut porter ses fruits et qui peut débloquer quelque chose ?

Florence E. : oui, c’est aidant pour l'humain, parce que la parole, souvent, permet de conscientiser ce que je ressens et ce qui se passe à l'intérieur de moi. Oui, le fait de pouvoir le verbaliser aide à prendre conscience des émotions ressenties. Par contre, à mon sens, ce n'est pas suffisant pour en libérer l'énergie. Elle demande une action ou si l'action n’est pas possible tout de suite, au moins une prise de conscience pour qu'il y ait un temps d'intégration et que la fois d'après on puisse fonctionner autrement, être autrement ou faire autrement. Donc là, la parole, oui, bien sûr, elle est aidante mais elle n’est pas suffisante car elle ne pose pas la question, elle ne fait que dire à l'autre « tu m'énerves. ». Le TU est très différent du JE, il reporte la faute sur l’autre. Or nous sommes deux, donc nous partons du principe que chacun a sa part d’incompréhension. Toi, humain tu as la chance d’avoir un bon cortex pour te regarder et aller à l’intérieur de toi pour voir où sont tes sensations et comment tu peux faire autrement, demander autrement. Et si tu n'y arrives pas par toi-même, comment tu peux faire pour demander de l'aide. C'est le message principal de la frustration.

Bien souvent, tu l'as dit à juste titre, ce n’est pas si fréquent que les cavaliers fassent ce processus à partir de la frustration, de se demander où est le blocage ? Qu’est-ce qui bloque ? Comment faire ma demande autrement ? Si mes essais n’aboutissent pas, rechercher l’aide d’un regard extérieur pour voir ce que nous ne voyons pas de soi, qui nous aide à conscientiser quel mécanisme est présent dans la frustration. C’est une émotion magique. C’est une émotion motrice du changement.

E&P : je me rappelle un vécu mais je n'avais pas d'aide à ce moment-là. J'ai fait instinctivement et peut-être que c'est ce que vous enseignez. Vous parlez beaucoup du moment présent, du fait d'être dans le moment présent pour se relier à quelque chose de plus grand que soi. Je pense avoir expérimenté cela.

J'ai eu un étalon de concours. A la période de ses quatre ans son comportement était devenu assez dangereux. Lorsque je partais en balade et que je longeais des prés avec d'autres chevaux, il avait pris la manie de se cabrer, essayant carrément de foncer sur les juments. C’était devenu ingérable en selle et à pied parce dès qu’une jument était en vue, il ne me voyait plus, ne m’entendait plus et de ce fait je n’avais plus son attention et plus aucune emprise sur lui avec les codes habituels que nous avions mis en place depuis sa naissance.

Je devenais extrêmement frustrée et puis je commençais à avoir peur. Je comprenais que son ébullition hormonale était en cause et que c’était à moi de trouver un moyen d’être plus forte que ses hormones. Seulement plus facile à dire qu’à faire parce que je compris que c’est moi qui devrais transcender ma frustration et ma peur pour trouver une solution pour ramener un étalon qui se comportait comme un cheval sauvage à un comportement civilisé et respectueux.

J’avais vaguement l’intuition que la vie m’envoyait un message mais je ne mettais pas le doigt dessus. À l’époque, j’étais tournée vers les chuchoteurs américains car l’éthologie n’existait pas encore vraiment en France il y a 30 ans. Dans une vidéo d’un chuchoteur j'avais vu une méthode où on met le nez du cheval sur son épaule pour l'aider à se coucher. J’ai étudié la séquence pendant des heures, j’ai visionné la scène dans ma tête pendant des jours pour connaître exactement les gestes à faire mais aussi pour prendre de l’assurance parce qu’en fait j’avais la trouille de ce que j’allais faire. Dans ma tête s’était formée l’idée que lorsque mon cheval se cabrerait, je le coucherais au sol ainsi et m’assoirai sur sa tête pour le garder couché jusqu’à ce qu’il se calme. C’était primordial qu’il comprenne que son comportement n’était pas bon pour moi et que je n’étais pas d’accord avec sa manière d’être.

J’avais une selle western à l’époque avec une corne de pommeau très solide. Le jour J, j'ai mis un licol avec longe sur la tête de mon cheval en plus de sa bride. J'ai enroulé la longe autour du pommeau de manière à avoir quelque chose de coulissant et j’ai enlevé mes étriers. J’ai fait la balade normale, sachant que quelque part, loin dans ma tête, j'attendais le moment où cela se passerait. Donc j'étais prête.

Quand le cheval s'est cabré, je lui ai amené le nez sur l’épaule en tirant sur la longe coulissante. Au moment où il s’effondrait j’ai sauté à terre. J’avais lu que si vous mettez du poids sur une bête allongée elle a beaucoup plus de difficulté à se relever. Je me suis assise sur sa tête et j'ai commencé à lui parler. J’ai pris une voix douce pour lui déballer mon cœur. C’était un étalon qui commençait la monte naturelle en main. C’est moi qui le menais aux juments et qui gérais la saillie. Je lui ai donc expliqué en quoi son attitude était devenue dangereuse pour moi et quels changements je voulais entre lui et moi ainsi qu’à la monte. J’ai parlé pendant une vingtaine de minutes, de lui, de nous, des juments. J’ai vidé mon sac.

Si au début il cherchait à se relever, quand j’ai commencé à lui parler avec mon cœur, il a cessé de bouger. Le moment est devenu spécial, je me sentais sans passé ni futur, seulement dans le maintenant, reliée à quelque chose de plus grand que moi. C’était génial. Puis et venu le moment où j’avais tout dit. J’étais vide. Je lui ai annoncé que j’allais me relever, remonter sur son dos, que j’espérais que les choses auraient changé. C’est ce qui s’est passé. De sa vie, Il n’a plus jamais perdu le contrôle de lui-même et il est resté à mon écoute. C’est-à-dire que jusqu’à la fin de ses jours j’ai pu le monter au milieu de juments dans n’importe quelle situation. Il avait le comportement d’un hongre. A la saillie, il attendait calmement mon autorisation pour y aller.

Une fois remontée sur son dos j’ai eu une sorte de crise avec des tremblements et le cœur qui battait très fort, comme si ces symptômes que nous ressentons lors d’un évènement intense avaient été mis de côté pendant l’action et débarquaient ultérieurement. C’est vrai, je n’étais pas sûre de m’en sortir du tout. C’était un peu insensé de réaliser cela toute seule. Ce n’était pas évident pour moi de faire cette cascade mais cela m’a fait prendre conscience que le problème ne venait pas de mon cheval mais de moi : jusqu’où je lui donnais le pouvoir de me dominer ?

C’était cela le message que la vie m’envoyait et il ne concernait pas uniquement la relation à mon cheval mais la relation aux humains aussi. Le pouvoir sur l’autre ne se passe pas par l’acte de terroriser ou obliger l’autre. Certes, j’ai un peu obligé mon étalon pendant une vingtaine de minutes mais ce temps passait par la vérité, dire la vérité et être véritable. J’ai compris cela avec cette expérience qui a changé ma relation avec les chevaux.

C’est une porte qui s'ouvre à un moment donné dans l'état de frustration que nous devons apprendre à sentir et à voir. Seulement quand nous restons dans la colère, nous ne pouvons pas l'attraper. Tout l'art de votre compétence, Florence, c'est de réussir à faire comprendre cela aux cavaliers et à leur montrer l'existence de cette porte et comment réussir à l'atteindre.

Florence E. : c'est ça. C'est l'ouverture du cœur, l'acte fait en conscience de coucher ton cheval au sol, l'intention n’étant pas de le dominer ici, mais qu'il comprenne que tu dois être en sécurité quand tu es sur son dos et que tu n’es pas d’accord avec son comportement. Le moment où il est couché et où tu t’assois pour lui dire ce que tu as sur le cœur est cette association de l'action avec cette ouverture par la verbalisation en étant connectée à ton émotion. Tu exprimes alors verbalement tout ce que tu as ressenti, la peur, la frustration. C’est cela que ton cheval capte à cet instant, pas tes mots, mais l’énergie contenue dans les émotions que tu ressens quand tu les évoques.

C’est cet alignement qui permet la transformation. Simplement lui parler, tu l'avais déjà fait, ça ne fonctionnait pas. Simplement le coucher au sol, n'aurait peut-être pas suffit non plus. L’alliance des deux a permis la compréhension totale, corps, cœur, esprit.

E&P : il faut donc réussir à faire la connexion entre le cœur et l'esprit. Ou entre le soi-même et l'esprit de l'animal.

Florence E. : si nous ne sommes pas déjà reliés au corps et aux sensations, c'est beaucoup plus difficile.

E&P : nous n’y arrivons pas, ou alors nous y arrivons dans des conditions très extrêmes, qui nous placent dans l'impuissance. Là seulement nous lâchons prise et il peut se passer quelque chose pour sortir de l’impasse.

Florence E. : exactement. Ici est mon souhait, dans ma transmission, d’aider sur ce qui est difficile à travailler pour l’être humain : la frustration. Je dois dans ces moments d’accompagnement ne pas lâcher et tenir la frustration pour que la personne aille plus loin, si fort dans sa frustration pour obtenir ce basculement mais sans qu’elle lance toute sa frustration vers le cheval, vois-tu. La personne doit rester en face d’elle-même pour réussir à convertir l’énergie de cette émotion là en action guidée par le cœur. Comme toi pour coucher ton cheval. C’est parti d’où ? De tous les échecs précédents qui t’ont mis en danger. C’est cette énergie accumulée de toutes les frustrations précédentes qui t’ont donné le courage de faire cet acte.

Tu as utilisé l'esprit, la force de ton mental, tu as fait toute une préparation et un entraînement par la visualisation et puis tu as utilisé le message de l'émotion et l'énergie contenue dans la frustration pour le passage à l'acte. Tu as ensuite ouvert la porte du cœur sur l'émotion et tu as exprimé tout ce que tu ressentais. TEL le processus cathartique de guérison pour l'un et l'autre, complètement.

E&P : le défi de ton métier est de réussir à faire passer cette notion, cette connaissance, cette compréhension, cette expérience aux autres cavaliers, que ce soit dans leur activité de loisir ou dans leur carrière de compétiteur. Selon moi, avec une personne axée sur la compétition, le challenge, la réussite, des objectifs élevés, cela est très difficile car ceci éloigne du lâcher prise, de l’instant présent et incite l’être à se tourner vers des sentiments qui font écran à tout cela. Comment c’est possible de concilier les deux ?

Florence E. : dans une situation sans grosse problématique, la personne bien souvent, par une lecture ou une rencontre, va ouvrir une porte, curiosité suscitée, et entamer ce chemin-là. Pour d’autres, il faut que la frustration ai atteint un seuil maximal et que le conflit expose l’homme ou le cheval ou les deux à un facteur de risque pour que le danger devienne un moteur du changement et déclenche chez la personne l’envie d’aller vers autre chose, une autre méthode qu’elle ne connaît pas.

E&P : c’est l’accumulation de l’énergie dans le corps physique et le corps émotionnel qui va pousser la conscience vers autre chose. C’est tout à fait le mouvement Yin-Yang de la médecine traditionnelle chinoise où l’excès de plénitude appelle le vide. Ici le paroxysme d’une frustration physique et émotionnelle amène l’épuisement physique et émotionnel de la personne. Ce mouvement énergétique intérieur enclenche un changement vers autre chose et sa mise en action.

Florence E. : c’est tout à fait le lien à faire avec la MTC. Complètement.

Ce que j’observe chez moi et chez les gens que j’ai accompagné est que la frustration est une des émotions les plus difficiles à vivre pour l'être humain car, encore une fois, nous manquons cruellement d'éducation émotionnelle. La frustration est une émotion qu'on nous a rarement laissé exprimer petit. Pourtant, refuser cette frustration, c'est vraiment refuser l'opportunité de changer. C’est entrer dans le déni qui va tout bloquer, nous provoquons alors nous-même l’échec.

Si le cavalier ne veut plus de la frustration dans sa vie, cela va devenir compliqué pour lui car ce sont ces phases-là qui vont justement l'aider à comprendre ce qu'il y a à changer dans son mode de fonctionnement personnel, donc ce qu'il faut mettre en place de nouveau dans le mode de communication avec son cheval pour avoir un résultat différent.

« Si tu veux un résultat différent, commence par faire autrement. ». C'est vrai. Nous ne pouvons pas espérer que cela se passe autrement si nous ne changeons rien. Alors qu’accepter la frustration met en échec le déni. Simplement parler à ton cheval ne suffisait pas, Il fallait quelque chose de plus fort, de plus choc. Il fallait que tu sois au même niveau d'énergie que lui quand il était sous l’emprise de ses hormones.

E&P : je ne sais pas comment j’ai réussi d’ailleurs. C'est comme si quelque chose avait pris le relais. Tant que j’ai parlé, j‘étais investie d'une énergie inhabituelle, comme suspendue. Seulement après, je me souviens juste émotionnellement, j'étais comme en état de choc, je tremblais comme une feuille quand je suis remontée sur mon cheval. Je ne savais pas s’il m’avait entendue. Il a fait un pas puis un autre. Il ne s'est rien passé. Il était calme, tranquille. Nous étions toujours devant les juments mais il ne les regardait plus. J’ai terminé toute ma balade, ce qui m’a donné le temps de me retrouver, je me suis rassainie. J'ai repris confiance. Oui, la confiance s'est installée parce qu’à chaque pas, je voyais que mon étalon était normal et que cela se passait bien. Je lui ai caressé l’épaule et je l’ai remercié. Le reste de la balade m’a donné le temps nécessaire pour digérer ce que je venais de vivre. J’imagine que c’était pareil pour mon cheval. Ceci m’a permis de récupérer physiquement mais aussi un sentiment de confiance s’est réinstallé.

Florence E. : ces tremblements permettent au corps de revenir à un niveau d'homéostasie et de libérer la charge énergétique de l'émotion qui se dissipe au travers des secousses. Beaucoup de thérapeutes font en sorte de le couper parce que c’est très inconfortable pour la personne. Or c'est justement ce moment-là qu'il ne faut pas couper, dans lequel il faut être accompagnant et contenant et utiliser la présence thérapeutique du cheval qui fait la différence avec une thérapie classique.

À chaque fois qu'un thérapeute bloque ce moment, il ne donne pas l'opportunité à la personne en stress post-choc dont les émotions traumatiques sont cristallisées dans le corps de pouvoir enfin être libérées.

E&P : oui, je pense que le moment passé à marcher dans la nature après le vécu intense a permis de faire la reliance finale entre lui et moi, de conclure le chapitre. Je n’ai plus jamais perdu l’écoute de mon cheval après ce jour. J’ai senti une différence, même dans les choses simples que je faisais avec lui.

Florence E. : Vous avez créé votre canal commun de communication, tous les deux branchés sur la même longueur d’onde 107.2. Donc vous pouviez communiquer et vous comprendre.

E&P : c’est la fameuse reliance dont vous parlez.

Florence E. : oui.

E&P : cet échange était formidable je dois dire. Un grand merci. Je n’ai que des mots positifs pour exprimer ce que j’ai vécu durant notre entretien.

Florence, vous expliquez que vous ne cherchez pas à convaincre mais à partager. Vous vous adressez à ceux qui sont prêts à ouvrir l’écoute du cœur au corps et celle du corps au cœur. Quels derniers mots aimeriez-vous dire à tous les compétiteurs et entraîneurs des sports équestres ainsi qu’à tous les cavaliers qui vivent leur passion du cheval à travers le loisir ?

Florence E. : ce qui me vient tout de suite à l’esprit c’est cette notion : accepter aujourd'hui de voir leur cheval comme un enseignant, de lui offrir cette place. Les propriétaires de chevaux, les cavaliers ne doivent pas croire qu'ils enseignent à leur cheval uniquement. Leur cheval a tout autant à leur enseigner. Ceci est très important, ce positionnement mental est gage de l'évolution de la relation entre l'homme et le cheval.

Si j'accepte d'être un enseignant pour lui et si j'accepte qu'il soit un enseignant pour moi, cela veut dire que nous pouvons être dans une relation au même niveau sur un même canal. Alors nous pouvons communiquer, nous pouvons échanger et nous comprendre, comprendre les besoins de l'un et de l'autre, et du coup pouvoir trouver ce chemin commun.

Ceci ne veut pas dire que tout est parfait dans un monde parfait, cela va osciller, mais ce n’est pas grave parce que nous savons que nous pouvons retrouver ce canal de communication et savoir ce qui est à faire ou à ne pas faire justement. Voyez le cheval comme votre meilleur enseignant.

Accepter de regarder un petit peu plus profondément en soi, ce qui nous permet de nous découvrir et nous enseigne à être un meilleur humain pour l'humanité et pour la relation que nous construisons avec notre cheval ou tout autre animal.

E&P : un meilleur humain... C’est beau, n’est-ce pas ?

Florence E. : pour moi c'est ça. Ils me font devenir meilleure, plus humaine. Je le leur dois. Aujourd'hui je voue ma vie aux animaux parce que grâce à eux, je ne me suis jamais perdue. Ils ont réussi à faire en sorte que je garde cette reliance à la bonne part en moi. Ils me font devenir une meilleure humaine pour l'humanité, pour respecter chacun des règnes du vivant.

Les chevaux m'enseignent un niveau de conscience de l'amour supérieur au mien et à me connecter beaucoup plus à mon instinct. J'ai cette capacité en moi d'être dans l'amour inconditionnel seulement je n'y suis pas tous les jours et je n'y suis pas H24 et je n'y suis pas avec tout le monde. Eux, ont cette capacité-là. Si nous acceptons d’être enseignés par eux, de leur laisser la même place que nous prenons dans la vie de tous les jours, nous ne pourrons devenir que meilleurs.

E&P : qu’est-ce qui fait que les chevaux ont cette capacité à être dans cet état d’amour inconditionnel en permanence tandis que nous devons faire de gros efforts, au départ en tout cas, pour pouvoir aller vers cet état ?

Florence E. : je pense que leur force est de ne pas avoir un mental qui a pris toute la place. Ils ont un mental mais qui n’est certainement pas utilisé de la même manière et qui ne prend pas la même part dans le cerveau que dans le nôtre. Si chez nous le mental prend autant de place, c'est parce que la société a fait en sorte qu'on muscle cette partie de notre cerveau. Mais aujourd'hui nous pouvons choisir de remuscler une autre partie du cerveau. La partie provenant de l'hémisphère droit où logent nos émotions, où la partie même un peu plus primaire liée à l’instinct pour nourrir notre part intuitive.

Je pense que c'est aussi pour ça que nous voyons de plus en plus d'enfants ou de gens hyper-quelque chose : hypersensibilité, hyperactivité, hyperkinesthésie... Parce que l'humain ne sait fonctionner que dans les extrêmes et se trouve dans l'extrême de la rationalisation, du raisonnement, de la non-écoute de soi, de la technologie, du matérialisme, il a aujourd’hui besoin de retrouver un juste équilibre. Cette hypersensibilité à tout est là pour lui permettre de refaire ce travail de trouver le juste équilibre. Nous devons faire appel aux deux, il n’est pas question que l’un domine l’autre mais de trouver l'harmonie dans leur utilisation. Pourquoi ne pas se questionner sur l’idée que c’est peut-être la Société qui est hypo-sensible là où l’humain, lui, est un être sensible… Voilà le début d’un nouveau paradigme.

E&P : Florence, merci, c'était vraiment passionnant. Nous vous souhaitons une belle continuation avec d’enrichissantes rencontres humaines ou animales.

Florence E. : Merci de tout cœur, j’ai pris beaucoup de plaisir lors de cet échange.

E&P : avant de nous quitter, je suis curieuse de savoir si vous avez une synergie Énergétique & Plantes préférée et si oui, de connaître pourquoi celle-ci ?

Florence E. : ma synergie préférée est la SYNERGIE LOCOMOTION pour sa composition très complète. Bien souvent, lorsque les chevaux souffrent de raideurs et d'arthrose, le vétérinaire (lorsqu'il est ouvert à la phyto) va conseiller de l'harpagophytum, ou la combinaison chondroïtine-glucosamine.

Toutefois, c'est oublier tout ce qui englobe l'articulation, les tendons et ligaments dont il est essentiel de prendre soin et la nécessité d'activer la circulation sanguine car le sang chargé en O2 aide à la cicatrisation et à la réparation des tissus lésés.

C'est le principe même du processus inflammatoire : RÉPARER. Dans l’inflammation, un afflux de sang se forme pour oxygéner les tissus lésés. Et nous, que faisons-nous ? Nous coupons ce processus de réparation avec des anti-inflammatoires car nous voyons notre cheval souffrir. Dans ce genre de cas, c'est d'un analgésique dont le cheval a besoin pour soulager la douleur tout en laissant le processus inflammatoire gérer les tissus abîmés. L'intelligence naturelle du corps ne nous a pas attendu pour créer ses propres processus de réparation et de guérison. 

La synergie spéciale locomotion du cheval d’Énergétique & Plantes utilise des plantes médicinales qui n’agissent pas uniquement sur la douleur mais ont une action complète soutenant l’oxygénation et la réparation des tissus traumatisés. Ce qui me plaît dans le fait d'utiliser des plantes, c'est qu'elles sont bio-assimilables par l'organisme.

(Fin de l'échange).

Nous avons été très contents d’avoir eu cette occasion d’échanger avec Florence Elie. Il nous plaît chez Énergétique & Plantes d’aller à la rencontre de professionnels passionnés en lien avec les chevaux et l’équitation et de le partager avec vous sur notre blog.

Florence Elie interviewée
par Marie Simonet Michon (Énergétique & Plantes).

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